| LETTRE CIRCULAIRE DE TARAK BEN AMMAR AUX REALISATEURS ET AUX PRODUCTEURS |
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Lettre circulaire de Tarak Ben Ammar aux réalisateurs et aux producteurs.
Monsieur et cher Confrère,
La Presse et certaines organisations professionnelles ont évoqué la prise de contrôle des laboratoires Eclair par notre Groupe, alors que ce dernier possède déjà les laboratoires LTC.
Plutôt que laisser les rumeurs, les incompréhensions, et les incertitudes se développer, j’ai préféré m’adresser directement à vous, pour vous exposer (1) les raisons qui nous ont amenés à prendre le contrôle du pôle Eclair-GTC, (2) la manière dont nous souhaitons gérer le nouvel ensemble LTC-Duran-Duboi-Eclair, et (3) les bénéfices que vous-même et l’ensemble du cinéma français pourrez tirer de la consolidation que nous avons entreprise.
(1) Les raisons de l’opération
A force, depuis près de 35 ans, de solliciter des industriels, grands et petits, locaux et internationaux, j’ai pris conscience de la nécessité pour notre cinéma français de bénéficier d’une industrie capable de rivaliser avec les opérateurs anglo-saxons, pour soutenir une forme de cinéma où se côtoient la créativité, la passion de notre art et le développement des relations humaines.
Or, vous êtes trop proche de nos Industries Techniques pour ignorer les difficultés structurelles et conjoncturelles auxquelles elles ont eu et continuent à faire face. Quasiment l’ensemble des sociétés du secteur se sont retrouvées, à un moment ou à un autre, aux abords immédiats des Tribunaux de Commerce, ou carrément devant eux.
Cette situation économique qui a frappé de plein fouet nos très fragiles industries n’est pas saine, et vient à l’encontre de cette nécessité de disposer en France d’Industries Techniques fortes : par conséquent elle ne pouvait pas être durable. Elle portait, à terme, la menace de la disparition de tout un secteur dont les services sont indispensables à notre profession.
N’avons-nous pas été concernés par l’accélération des délocalisations des tournages, pour l’obtention de quelques avantages fiscaux, et la diminution de nos coûts - au détriment de nos techniciens et comédiens français intermittents en situation de précarité ?
Seul un industriel de premier rang disposera des moyens nécessaires pour investir et ainsi se hisser technologiquement au niveau des Industries internationales, dans un contexte de raréfaction de l’argent, et, en France, de réduction drastique des subventions.
Nos Industries Techniques étaient, et sont encore caractérisées par deux handicaps majeurs.
C’est ce que je me suis attaché à faire au cours des dernières années. La rentabilisation à long terme de mes investissements était bien entendu un de mes objectifs, mais ce n’était pas le seul j’avais aussi comme préoccupation la pérennité d’un secteur essentiel à notre métier de Producteur d’œuvres audiovisuelles.
En fédérant le Groupe Eclair avec Quinta Industries, en atteignant ainsi la taille critique, je crois pouvoir vous assurer de la présence d’un prestataire stable, durable et apte à s’adapter aux nombreuses mutations technologiques à venir, avec à sa tête un actionnaire de référence lui-même stable et solvable.
(1) Le rapport de Pierre Couveinhes relevait dès 2002 "des pratiques financières qui fragilisaient les laboratoires", pointaient les délais de paiement supérieurs à six mois et les impayés des producteurs. Il recommandait "des concentrations pour que le marché redevienne compétitif".
(2) Les modalités de la consolidation
Dans le but d’atteindre des marges d’exploitation capables de permettre des investissements à même de maintenir notre appareil de production à la hauteur de vos attentes, nos équipes dirigeantes entendent s’attaquer en priorité à la réduction des coûts, en profitant d’une certaine taille critique et de nombreuses synergies. C’est pourquoi les différentes entités du groupe seront gérées comme une seule, et ce tout en maintenant l’existence des marques Eclair, LTC, GTC, DURAN, auxquelles vous avez bien voulu renouveler votre confiance au fil des années. Vos interlocuteurs au sein de chaque société resteront les mêmes, ils vous sont familiers et continueront à vous aider dans la fabrication des films.
Nous voulons maintenir et développer cette industrie et son côté artisanal.
Sur le plan commercial, nos conditions tarifaires seront, mutatis mutandis, applicables à tous les clients. Cette approche simplifiera nos relations, mais et surtout permettra aux producteurs émergents et indépendants d’accéder à de meilleures infrastructures.
Une newsletter de notre industrie avançait imprudemment que nous pourrions « dicter » des conditions tarifaires : Il faudrait pour cela que nous ignorions aussi bien les contraintes de la saine concurrence européenne et nationale, que vos équilibres budgétaires. Il se trouve que nous sommes parfaitement conscients de ces deux éléments.
Des instances de la profession nous ont bruyamment informés d’un démantèlement d’ECLAIR et d’une dangereuse entreprise de concentration industrielle.
Nous voulons croire ici à un énervement de quelques personnalités plus soucieuses d’une position portée au devant des nécessaires apparences, que de l’intérêt supérieur de nos métiers.
L’ARP est un réseau certes plus visible, mais un coup de téléphone, une invitation à débattre entre professionnels sont plus opportuns pour qui prétend réellement défendre nos intérêts.
Nous espérons que ces professionnels viendront nous soutenir tout aussi fortement.
Il serait en effet déraisonnable de vouloir la disparition d’ entreprises dont la durée de vie a été évaluée à quelques années dans le rapport Goudineau « Adieu la pellicule » (Août 2006) ; déraisonnable de mépriser des équipes soucieuses de leur avenir, compte tenu des mutations technologiques et de la disparition d’entreprises ; déraisonnable d’oublier l’aide financière prodiguée par les Industries Techniques dans le cadre de la fabrication des courts métrages, des premiers films, des films dont les résultats ont été difficiles.
Plus encore il serait irresponsable d’opposer le principe de solidarité qui nous unit et de prendre l’initiative d’exporter ce débat au dehors de nos sphères de contrôle.
Nous voulons construire ensemble le cinéma numérique de demain, poursuivre la même démarche consensuelle qui anime nos esprits.
Nous nous proposons également d’encourager fortement des relations à long terme avec nos clients. Bien sûr il nous appartiendra de mériter cette forme de fidélité par le niveau de service que nous vous offrirons: en aucun cas nous n’aurons ni la volonté ni les moyens de vous l’imposer.
Enfin, je voudrais dire un mot de mes activités de distribution et de leur développement, dont la presse s’est fait l’écho au cours des derniers jours.
(3) Les bénéfices de l’opération pour les producteurs
L’assurance de la présence en France d’un prestataire solide offrant la gamme complète des services dont vous aurez besoin me semble être un facteur favorable dont on ne saurait minimiser l’importance. De même, la possibilité de réaliser tous vos travaux dans un groupe d’entreprises dont le futur ne pose pas question vous donne l’assurance absolue de livrer et de distribuer votre film.
C’est pour cela que nous entendons réguler nos activités sur l’ensemble des sites existants et ce, compte tenu d’un constat simple : la géographie permettra de mieux vous servir dans des délais de plus en plus raccourcis.
Les larges capacités dont disposera l’ensemble (traitement de l’image, du son, des effets spéciaux, et du tirage), vous donneront toute la flexibilité nécessaire à vos plannings.
Plus important encore, vous aurez accès à des femmes et des hommes dont la réputation n’est plus à établir.
Je serai, quant à moi, toujours à votre disposition pour partager avec vous vos réflexions sur l’avenir de notre métier.
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